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05 Interview sur le thème : “Pourquoi et quand est il important de se former”

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Interview de Barbara LECRIVAIN, technicienne de laboratoire

Cet article participe à l’évènement inter-blogueurs “Pourquoi et quand est-il important de se former ?” organisé par le blog Bureautique Efficace. Pour découvrir d’autres histoires inspirantes de personnes qui ont fait de grands pas dans leur vie en décidant de se former, cliquez ici.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : bonjour mes petits loups, ! Aujourd’hui, je suis avec Barbara pour répondre à une question du blog « bureautique efficace ». Pour son carnaval d’articles, ce blog a demandé : « pourquoi et quand est-il important de se former en cosmétique maison » mais je vais te laisser te présenter Barbara. Alors, qui es-tu ?

Barbara Lécrivain :  bonjour Laura, bonjour à tous. Je suis donc technicienne de laboratoire dans le secteur des parfums et cosmétiques. J’ai un diplôme de préparatrice en cosmétique et un BTS esthétique. La cosmétique est non seulement ma spécialité, c’est aussi une vraie passion. Je suis toujours ravie de pouvoir transmettre mon savoir et mes connaissances dans ce domaine.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : d’accord et tu as toujours voulu faire ça ? Tu as toujours eu une aspiration vers ce domaine?

Barbara Lécrivain :disons que j’ai pris conscience des « dangers » et des problématiques que posent aujourd’hui les cosmétiques du marché. De ce fait, je choisis de retourner de plus en plus vers les cosmétiques naturels, et notamment les cosmétiques faits « maison ».

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : oui, tout à fait. Parce qu’en fait, les perturbateurs endocriniens n’ont toujours pas de définition, donc le danger reste supposé. Par contre, la pollution, elle, est bien réelle. Quand est-ce que tu as décidé qu’il te fallait une formation dans ce domaine ? Comment as-tu abordé la cosmétique ?

Barbara Lécrivain : je pense que ça date du jour où mon père, qui travaille dans la pétrochimie, m’a invité sur son lieu de travail. Je me suis dit que ce n’est sûrement pas là que j’aimerais travailler, notamment en ce qui concerne les usines. Du coup, de façon naturelle, je me suis dit « je vais plutôt travailler dans les trucs de beauté/bien-être », donc, tout ce qui est parfums/cosmétiques. J’ai approfondi mes connaissances et il se trouve qu’en BTS, on apprend les différentes famille d’ingrédients, notamment les détergents ; et dans cette famille il y a encore des sous-familles, qui sont les bases des ingrédients qui se retrouvent dans la plupart des nettoyants et démaquillants, et même parfois dans des crèmes du commerce, et qui sont irritants. Je me souviens avoir demandé à ma prof « mais pourquoi est-ce qu’on met ce genre d’ingrédients s’ils sont irritants ? »

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : une bonne question !

Barbara Lécrivain : c’est là que j’ai vraiment commencé à me poser des questions sur la composition des produits, et c’est peut-être à partir de là aussi que je me suis dirigée inconsciemment vers la cosmétique naturelle. Pendant longtemps j’ai voulu continuer de monter, en compétences et en diplômes. J’ai voulu tenter une licence pro en cosmétique. Mais je n’ai jamais pu car, si mes dossiers passaient, j’étais tout le temps recalée à l’étape de l’entretien. J’ai quand même voulu persévérer afin d’apprendre la formulation. Et j’ai commencé à apprendre la cosmétique naturelle avec Aroma-Zone.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : d’accord. Donc, tu as commencé par un diplôme ; en fait, tu as commencé par quelque chose d’officiel, tu as été bloquée au niveau de la licence, et encore après, tu as fait tes propres expérimentations chez toi, c’est bien ça ?

Barbara Lécrivain : oui ; je me souviens qu’il y a quelques années, j’ai fait au moins deux ou trois fois les portes ouvertes de l’ISPCA de Versailles, et une fois, où j’étais encore en BTS (ou l’année d’après), j’ai rencontré des personnes qui étaient en licence pro « cosmétique ». J’ai posé des questions sur le programme : « qu’est-ce que vous faites ? Qu’est-ce que vous voyez ? » etc., et la personne m’a donné tous les renseignements mais je me suis aperçue que c’était pareil que ce que j’avais vu pendant mon BTS. Du coup, je me suis demandée si ça valait la peine de tenter la licence.

Le programme de formation de la licence dans le domaine de la cosméto est le même que celui du BTS… Peut-être plus poussé, je ne sais pas, mais surtout avec plus de pratique. Mais, en ce qui me concerne, je me suis dit que ça ne valait peut-être pas le coup. Et j’avais déjà un avantage, c’était d’avoir eu de la pratique ! En BTS, j’avais fait quelques travaux pratiques, mais pas plus que ça… Alors je me suis dit « je vais voir si je peux faire autre chose ».

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : est-ce que finalement ta formation n’a pas été trop théorique ? Peut-être pas assez tournée vers la pratique ? Est-ce que tu as ressenti ce manque-là ? Parce que à t’entendre, on dirait que malgré ta formation, tu as dû expérimenter par toi-même pour voir un peu ce qu’il en était.

Barbara Lécrivain : comme je disais, je n’ai jamais été douée en entretien, et ça m’a bloqué l’accès à la licence pro. Mais j’avais vraiment envie d’apprendre la formulation ; donc, j’ai fait des recherches sur internet pour voir s’il n’y avait pas des formations annexes, sur un ou deux jours. Je ne sais pas si tu as déjà regardé, mais j’ai vu pas mal de personnes qui sont à leur compte et qui proposent des formations. J’en ai trouvé mais elles étaient très chères, dont une, sur une page Aroma-Zone. C’était un atelier qui s’appelle « les clés de la formulation », je ne sais pas si tu vois ? Et voilà ! Je me suis dit « je vais voir ce que c’est, si j’apprends des choses » … Pendant tout l’atelier, j’ai commencé à faire la liaison entre mes connaissances théoriques et ce que l’atelier était en train de m’apporter, de comparer mes connaissances à ce qu’ils étaient en train de m’apprendre. Il a suffi juste de cet atelier-là pour que j’aie le déclic pour apprendre à formuler. Après, la formulation, c’est vrai que c’est aussi une expérience. Il faut faire et manipuler pour comprendre les choses. Plus je fais moi-même mes produits, plus je comprends qu’il y a un fossé entre la théorie et la pratique.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : oui, tout à fait, mais après, j’ai l’impression qu’on a le choix entre quelque chose qui est très théorique, ou bien faire de la pratique, mais avec quelqu’un qui aura peut-être un déficit en connaissances. C’est dur de faire cet équilibre. Mais toi, tu as choisi d’en faire une voix professionnelle, du coup, c’est logique que tu te sois formée pour avoir cette légitimité. Mais pour une personne qui n’as pas le désir d’en faire son métier, et à ton avis, à partir de quand faudrait-il se former ?

Barbara Lécrivain : comme je te l’ai dit, après mon BTS, j’ai fait des formations non diplômantes mais « professionnalisantes », notamment en cosmétique artisanale. Et c’est vrai que je constate que la problématique principale est celle des compétences des personnes qui vont te former. C’est de cela dont on avait parlé la dernière fois au téléphone. Aujourd’hui, j’ai envie de me placer sur le marché parce que je me rends compte de plus en plus que les personnes sont formées par d’autres qui ne sont pas forcément professionnelles.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : c’est vrai !

Barbara Lécrivain : et parfois je vois des choses ahurissantes… Quand je vois des youtubeuses en vidéos où elles expliquent quelque chose de faux, je me dis : « là, je ne peux pas » j’ai envie de leur dire : « tu es en train de raconter n’importe quoi au consommateur ! ». Comme par exemple, ne pas mettre d’antioxydants dans un produit qui est composé uniquement d’huile végétale et d’autres types de corps gras. Ce sont des choses sur lesquelles je ne peux pas fermer les yeux. Vous allez dire « ce n’est que de la cosmétique maison », et c’est vrai qu’on n’est pas censé garder nos produits longtemps, mais ce n’est pas parce qu’on fait de la cosmétique maison qu’on doit négliger toutes les bases au niveau de la fabrication et des règles d’hygiène.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : tout-à-fait. Je t’avoue que j’ai un peu l’impression de deux univers ; j’ai l’impression que finalement, les personnes qui vont être diplômées vont être employées dans le secteur-même de leur diplôme. Et que à côté, Internet, c’est un autre univers et d’autres compétences ; et que les formations sur Internet sont très avantageuses d’un point de vue rentabilité, car elles représentent très peu de charges pour le formateur. Du coup, c’est un marché qui s’est ouvert et qui n’est pas encore contrôlé. Et le problème, c’est que ce sont des personnes souvent sans diplôme qui vont développer comme moi, des compétences alternatives sur un sujet-phare. Mais en même temps, je trouve ça compliqué de faire les deux, parce que passer un diplôme, c’est un gros investissement, et se créer un site internet, mine de rien, c’est aussi un boulot à plein temps. Ce serait bien qu’il y ait à la fois plus de formations de personnel plus diplômé et donc, plus apte. Et aussi d’avoir un transfert de compétences qui soit plus aisé, parce que je trouve que les formations sont très chères et parfois, avec des sujets qui ne m’intéressent pas forcément.

Barbara Lécrivain : c’est pour ça que moi, quand je te dis : « moi je travaille, j’ai réussi un concours de la fonction publique », oui, mais je tiens quand même à garder mon poste. Ça ne m’empêche pas de me renseigner pour voir comment je pourrais allier les deux. Le statut de fonctionnaire, je l’attends, et ensuite, je verrai pour éventuellement passer à celui d’auto-entrepreneur ou de freelance. En attendant, je commence à faire du bénévolat. Je t’avais parlé d’un club de cosmétique sur Paris. Je ne sais pas si sur Strasbourg, ça existe, mais en tout cas, nous en avons un à Paris.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : non, nous n’avons pas ça à Strasbourg, mais je trouve ça génial. Ça rend la formation abordable.

Barbara Lécrivain : en fait à la base, c’est une association qui s’appelle GRDR, qui est destinée à l’origine plutôt pour des femmes africaines. Une stagiaire de cette association a mis en place avec l’un de ses collègues ce club de cosmétique afin de regrouper toutes les personnes qui ont un projet d’entreprise. La plupart des personnes de ce club sont donc des personnes africaines qui veulent créer leur propre marque.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : oui d’accord.

Barbara Lécrivain : et justement, elles se sont rendues compte que les produits destinés aux femmes africaines ne sont pas forcément de bons produits, que se sont souvent des produits qui décapent, qui contiennent de l’eau oxygénée ou d’autres choses comme ça.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : mais est-ce que tu penses que ce sont vraiment des peaux différentes ? Parce que bon, on est d’accord qu’elles ont une peau qui est plus épaisse, mais est-ce que, en fait, il faut une gamme de produits « femmes de couleur » ? Est-ce que ce n’est pas simplement du marketing finalement?

Barbara Lécrivain : eh bien, ce que j’ai cru comprendre quand j’ai rencontré cette jeune femme c’était qu’il n’existait pas de bons produits en Afrique pour elles. Après, je ne sais pas si c’est pour vendre en Afrique ou en France. En tout cas, apparemment, et même de façon générale, en France, elles n’arrivent pas à trouver de bons produits, adaptés à leur peau. Et la plupart de ces personnes veulent créer leur propre marque. C’est pour ça, que pendant un an, j’ai participé à ce club en tant que participante. Car moi aussi, je cherchais à créer mon entreprise. Je cherchais des renseignements, pas forcément cosmétiques, mais plutôt sur d’autres choses, par exemple la comptabilité. Si elle connaissait des formations en comptabilité, parce que je n’avais pas envie de payer un expert-comptable. Du coup, j’y allais souvent et j’ai constaté qu’il y avait des personnes qui manquaient de connaissances et auprès desquelles je pouvais intervenir. Il faut dire que j’ai été un peu poussée, car la personne qui fréquente le club, et à qui j’ai envoyé un mail, a fait une recherche avec mon nom et prénom sur Linkedin et là, elle a vu mon parcours. C’est elle qui m’a dit : « il faut que tu interviennes sur certains sujets pour les personnes qui viennent au club ».

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : ah ben oui, c’est sûr, c’est une plus-value énorme !

Barbara Lécrivain : elle s’appelait Gisèle et j’ai répondu : « moi, je veux bien intervenir sur certains thèmes, mais je n’ai pas la compétence, en tout cas pas assez de recul, pour faire des présentations PowerPoint. » Donc, l’intervention que j’ai fait était sur la réglementation cosmétique.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : eh bien ! C’est un sacré sujet… On peut dire que tu n’as pas commencé par le plus simple !

Barbara Lécrivain : je suis donc intervenue sur ce thème-là et j’ai proposé d’autres thèmes à la gérante du club. Parce que je trouve important d’avoir de vrais bases pour ceux qui pratiquent la cosmétique maison, qui ont un projet professionnel cosmétique, ou encore qui désirent travailler dans des instituts ou des spas. C’est important d’avoir de vraies bases issues des pratiques de laboratoire. Il faudrait recevoir ces bases techniques d’une personne qui a travaillé en laboratoire et qui sait comment ça se passe.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : du coup, c’est plutôt destiné aux personnes qui souhaitent en faire leur profession ?

Barbara Lécrivain : voilà c’est ça ! Par exemple, le 11 mai, je vais faire une intervention sur le thème « matière première et formulation ».

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : ah oui c’est vaste ! Tu peux nous donner l’adresse de cette association ? Au cas où certains seraient intéressés pour se mettre en contact avec eux.

Barbara Lécrivain : quand le club est né, c’était l’association GRDR qui gérait tout ça, mais en fait, ce club a permis la naissance d’une nouvelle association qui s’appelle « la maison de la cosmétique ». Et ce sont eux qui gèrent le club maintenant.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : et du coup, c’est accessible à tous ? Ou il faut être porteur d’un projet ?

Barbara Lécrivain : non non pas forcément. Pour vous dire, une fois où on était en plein salon des métiers, où des gens venaient pour rechercher un emploi et regardaient à travers les vitres, ils ont été curieux et ils sont entrés pour voir comment ça se passait. En général, nous avons de tout : des personnes qui ont des projets d’entrepreneuriat et d’autres non.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : une belle initiative ! En fait, le problème, c’est que maintenant, je trouve que chacun est dans son coin, à lire des livres pour être guidé. Mais finalement, c’est comme les formations, tu n’as pas besoin d’être formé pour être publié. Je sais que moi, les livres, avant, c’était forcément parole d’évangile et là, je vois que c’est quelque chose qui peut être incertain. C’est vrai que si tu as un endroit où tu peux retrouver des personnes qui ont la formation et qui ont du temps à consacrer, c’est vraiment une belle initiative et ça peut protéger de beaucoup d’erreurs.

Barbara Lécrivain : c’est aussi le but, car dans la plupart des cas, les personnes qui veulent créer leur marque n’ont aucune connaissance. Et c’est là que je me rends compte que j’ai une expérience en or. Je suis en train d’y travailler parce que je sais que je peux leur apporter mon savoir… Par exemple il y a deux mois, j’étais en train de parler de mon projet de formation à ce club pour voir quels étaient les thèmes qui pourrait intéresser les adhérents. C’est là que je me suis rendue compte que ne je n’étais pas toujours d’accord avec elles. Certaines pensent que pour créer leur marque, apprendre la cosmétique n’a aucun d’intérêt dans la mesure où on va demander plus tard à quelqu’un d’autre de formuler. Du coup, elles se demandent pourquoi elles s’embêteraient à faire des formations, alors que des expertes peuvent formuler pour elles et qu’elles n’auront plus qu’à commercialiser ensuite.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : juste à mettre sur le marché (rire). C’est une façon de voir les choses….

Barbara Lécrivain : j’ai plusieurs fois entendu ça : « je cherche plutôt le côté communication marché ». Je leur dis : « oui mais c’est important d’avoir aussi une culture professionnelle. » Et parfois, elles me disent être allées voir un laboratoire et avoir eu un souci. Et quand je les écoute, le souci en question est souvent dû à un problème de vocabulaire. C’est là que l’on voit qu’une culture professionnelle, par exemple sur les matières de base, est importante. Même si tu ne deviendras jamais une experte, mais au moins savoir qu’il existe différentes familles d’ingrédients. Je leur donne l’exemple : « vous voulez créer un gel douche ou un shampooing pour les cheveux crépus. Vous allez dire :  je veux de l’huile d’argan ou autre qui peut être intéressante, comme de l’huile essentielle d’Ylang-Ylang ». La personne prend note et en parle à son labo. Et trois ou quatre mois après, elle vient me voir et me dit « ils ont ajouté un tensioactif alors que je n’en voulais pas » … Tu imagines la nana qui dit « mais pourquoi vous m’avez ajouté un tensioactif alors que je n’en ai pas demandé ? » Alors que c’est logique car c’est la base du shampooing. Alors tu vois le genre de souci que cela peut créer ; je grossis un peu le trait mais le problème est là, car il faut bien savoir que c’est le tensioactif qui est l’élément principal, et qui permet les trois quarts du temps de laver, donc c’est important de le comprendre.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : même sans cela, je ne comprends pas comment tu peux créer une marque sans avoir la connaissance des ingrédients, dans la mesure où une marque porte elle aussi des valeurs. Par exemple le beurre de cacao, c’est un ingrédient naturel mais qui a de grosses répercussions environnementales. J’ai envie de dire que si tu n’as pas un peu de connaissance de ce que tu recherches, tu vas prendre n’importe quoi sans savoir l’impact qu’il aura sur l’environnement. Qu’est-ce que tu vas mettre en avant pour ta marque ? Le concept de produits pour personnes noires et cheveux crépus, c’est une chose, mais est-ce que c’est suffisant ?

Barbara Lécrivain : je donne comme exemple que si demain je veux me lancer professionnellement dans la pâtisserie, et même si chez moi je ne me débrouille pas trop mal, j’essaierai de me référer un peu à une recette existante tout en la modifiant.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : oui, c’est sûr, tu es une laborantine, tu as une petite base. (Rires)

Barbara Lécrivain : oui, en tout cas je pense que si demain, je veux devenir pâtissière, je vais devoir me former, c’est sûr. Mais j’ai envie de me former même pour ma propre culture professionnelle.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : oui mais maintenant, même si tu vas faire une pâtisserie et que tu fais comme ces jeunes filles en disant « oui, ce n’est pas grave, je vais prendre un pâtissier qui va faire mes pâtisseries ! ». Je trouve qu’il faut quand même pouvoir émettre des exigences pour dire au pâtissier ce que tu recherches. Mais quel sont les arguments mis en place par ces personnes qui disent ne pas pouvoir se former, alors qu’elles ont un projet pro en cosmétique ?

Barbara Lécrivain : comme je te l’ai dit, elles estiment qu’il y a des labos pour ça, qu’il y a des experts pour ça, et du coup, elles jugent ne pas avoir besoin de se former et que la dépense est inutile. Je pense, mais c’est mon avis personnel, que c’est une culture professionnelle qui va leur manquer.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : après, il y a peut-être un énorme fantasme derrière tout ça. De dire « ce n’est pas compliqué, je n’aurai pas grand-chose à faire, l’argent va couler à flots, j’aurai une marque à moi et j’aurai la classe ».

Barbara Lécrivain : oui. Par exemple moi, il y a 2 mois, quelqu’un m’a dit « il y a un laboratoire qui m’a fait un devis avec les contrôles et les tests, je ne sais pas lesquels sont obligatoires ou non… » et du coup, cette personne ne savait pas quel examen il était utile de faire. D’où l’intérêt d’avoir des connaissances. C’est pour ça que je me dis que la culture professionnelle est importante quand tu créées ta marque, quel que soit le type de projet. Pour moi, il est vital de se former. Mon projet personnel était de faire des ateliers cosmétiques : je suis formée à la cosmétique et je me suis renseignée sur la réglementation pour savoir s’il en existait une spécifique aux ateliers, et je me suis rendue compte que c’était flou ! J’ai vu qu’il n’y avait pas vraiment de réglementation.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : oui, il y a une sorte de vide juridique. Les lois ne sont pas encore finalisées par rapport à ce développement d’activité, qui se fait aussi beaucoup via Internet. Je ne sais pas si tu connais Enjoy Phoenix ? C’est une Youtubeuse très très très très connue et qui a confectionné un masque avec de la cannelle dedans. Eh bien, il y a des gens qui se sont retrouvés avec des brûlures. En fait, les lois ne sont pas encore faites et du coup, on ne sait pas qui doit être désigné comme responsable : est-ce que c’est la youtubeuse, qui a une très grosse influence ? Ou est-ce que toi, en tant que spectateur, tu te dois de prendre en compte que tu as devant toi une personne qui n’est pas formée et dont tu dois nuancer les propos ? C’est compliqué comme sujet…

Barbara Lécrivain : pour moi, dans ce genre de situation, c’est la youtubeuse qui est responsable, car elle se permet de former des gens sans avoir elle-même une connaissance suffisante des choses.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : tout- à- fait !

Barbara Lécrivain : après, cela dépend aussi sous quelle forme a été utilisée la cannelle : en poudre ou sous forme d’huile essentielle ? Dans tous les cas, l’huile essentielle de cannelle est un ingrédient chimique qui est toxique à la base, puisqu’il y a le symbole de la tête de mort sur l’emballage. Moi, j’adore l’odeur de la cannelle ; c’est plus fort que moi, j’adore sentir, mais je sais que je ne devrais même pas. Parce que c’est toxique justement.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : en effet, c’est un irritant respiratoire, et moi, ça m’avait choqué car j’adore aussi l’odeur de la cannelle, – tout ce qui est bougies surtout – et par la suite, j’ai vu en fait que ça ne devrait même pas être permis.

Barbara Lécrivain :  Eh oui !

C’est marrant car on sait que l’huile essentielle de cannelle est toxique quand on la respire, mais en même temps, dans la pâtisserie, même si ce n’est pas de l’huile essentielle de cannelle, on en met en poudre.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : oui, mais c’est réglementé, même en alimentaire. Il faut juste le savoir.

Barbara Lécrivain : voilà ! Tu sais si dans son masque, c’était de l’huile essentielle de cannelle ou de la poudre de cannelle ?

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : je ne vais pas te mentir je ne m’en souviens plus…

Barbara Lécrivain : d’accord, mais si c’est de l’huile essentielle… Pour un masque ? Déjà, de l’huile essentielle dans un masque j’évite, mais en plus, l’huile essentielle de cannelle ! Elle n’a pas du tout été formée, sinon elle n’aurait jamais utilisé ça. Du coup, comme elle n’a pas été formée correctement, elle raconte n’importe quoi aux gens, qui ne sont pas non plus formés, mais qui se disent « tiens, ce produit a l’air sympa, je vais l’utiliser », et ne pensent pas que ça puisse être dangereux. Je le sais car aujourd’hui c’est mon cœur de métier. Je suis aide de laboratoire dans des lycées, et ma première mission est de préparer les travaux pratiques pour les professeurs de sciences.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : ça doit être intéressant.

Barbara Lécrivain :  mais en fonction des établissements où je travaille, je peux être en contact avec les élèves pour dire « voilà, moi, j’ai besoin de tel ou tel ingrédient ou de tel ou tel produit ». Au départ, j’étais naïve, je prenais l’affiche en disant « bon, ok, je vais vous préparer ça ». Et je me suis fait reprendre par un prof qui m’a dit « attends, il faut leur demander ce qu’il faut faire comme manip’, voir ce qu’ils vont faire, et s’ils vont le faire correctement ». Et là, j’ai compris que c’était pour leur sécurité.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : oui, c’est très intéressant. Moi, j’avais animé un atelier entre amis, juste pour montrer, et c’est intéressant de voir comment chacun réagit. Tu as des personnes qui sont tellement enthousiasmées par le truc qu’ils ne vont pas écouter les explications, et qu’il faut recadrer, tu as ceux à qui, par exemple, tu as donné une dose de fragrance mais qui jugent que ce n’est pas assez et qui remettent le double. Il faut capter tous ces moments-là quand tu as un groupe, parce que tu ne vois pas forcément partout, et tu ne sais pas où il/elle en est dans le comptage de ses gouttes.

Barbara Lécrivain : oui je sais ! J’avais animé un atelier pour ces fameuses femmes africaines dont je te parlais. Je l’avais préparé depuis longtemps, c’était en octobre dernier et je m’étais inspirée d’une recette d’Aroma Zone, j’avais même failli faire du copié-collé. Je l’ai quand même testé car j’avais déjà eu une mauvaise surprise. Quand j’ai ensuite animé l’atelier étape par étape, j’ai remarqué qu’à un moment, il y avait toujours la même personne qui me disait « c’est bon, c’est bon » … J’essayais de lui expliquer : « mais non, regarde, tu vois bien qu’il y a encore des points blancs, du beurre de karité, ta préparation n’est pas homogène, ton beurre n’est pas encore fondu, normalement, quand tu fais fondre ton beurre et ton huile, cela doit être limpide. » Mais elle insistait et a continué à dire ses « non non, c’est bon » je disais « non regarde, c’est pas bon, je vois rien » et elle « si, si ».

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : là, je trouve qu’on voit bien que c’est une discipline à part entière de former. Car même si tu as toutes les compétences cosmétiques, ce n’est pas pour ça que tu sais former, c’est encore différent.

Barbara Lécrivain : moi, j’avoue que j’ai appris à animer sur le tas. En 2016, j’ai eu la chance de faire partie d’un club de recherche d’emploi, qui est né d’un partenariat entre le CDJ et active action, qui est une association pour les chômeurs. J’y suis allée deux ou trois fois, ça me permettait de sortir de chez moi et de rencontrer des personnes. Mais en fait, les personnes de ce club m’ont fait comprendre que, contrairement à ce que je croyais, c’était des personnes du CDG qui animaient et qu’il s’agissait de bénévoles. Donc au bout de trois/quatre fois où j’étais simple participante, un jour j’ai sauté le pas ; j’ai dit à la personne responsable « la semaine prochaine, je voudrais bien apprendre à animer, surtout que ce n’est pas très compliqué ». On avait une trame d’atelier sur laquelle j’ai un peu retravaillé. Du coup, pour moi, c’était super facile ! Moi qui n’avais jamais animé d’atelier de ma vie, le fait d’avoir une trame a rendu tout cela possible et facile. J’ai personnalisé cette trame et j’ai fait ça pendant 4 mois.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : ce sont des bonnes expériences ! Écoute, c’est intéressant, on a vu que, si on veut créer une marque, si on veut vraiment se professionnaliser, c’est quand même très important de pouvoir se former, rien que pour pouvoir juger de la valeur de ce qu’on veut comme type de produit, et de comprendre pleinement ce qu’on fait. On a vu qu’il y a quand même des opportunités de formations, même à partir de certaines associations donc, selon la région, ça peut être vraiment sympathique. Même d’apprendre à former aussi, par l’intermédiaire de ces associations. Merci beaucoup pour ton partage, du coup, tu pourrais redonner les noms des associations qui t’ont permis de te perfectionner en cosmétique maison, pour ceux qui seraient intéressés ?

Barbara Lécrivain : moi, la seule association-club où je transmets et où je partage mon savoir, c’est la maison de la cosmétique à Paris. Par contre, c’est plus de la théorie, ce n’est pas à proprement parler lié à la cosmétique fait maison. Après, pour les personnes qui souhaitent réellement se former, je recommande d’être attentif aux qualifications de la personne qui forme et de se renseigner sur son parcours. Par exemple, je suis allée dans un atelier via un organisme qui avait environ 1 ou 2 ans, qui venait d’être créé. J’ai été déçue car la personne qui animait l’atelier n’avait pas forcément les mêmes bases que moi. Et je pense que ça joue sur la formation, notamment pour les compétences techniques. Alors que si quelqu’un a fait un DUT de chimie par exemple, et un parcours cosmétique, tu sais que c’est quelqu’un de technique, qui pourra te donner les bonnes informations.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : oui, tout- à- fait, une expérience de labo quoi.

Barbara Lécrivain : prendre quelqu’un de ce domaine-là pour avoir les bons gestes et les bonnes pratiques de laboratoire, plutôt que suivre l’enseignement de personnes qui font ça « comme ça » et qui ne sont pas forcément formées. C’est mon conseil personnel.

Laura Terschlusen (Cosmétique info) : oui effectivement ; donc vérifier l’expérience du formateur. Écoute, je te remercie pour cet échange ; merci beaucoup, au-revoir tout le monde, à bientôt ! Voilà les petits loups, c’est tout pour cette interview, en espérant qu’elle vous a plu.

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